Bonne année du Renouveau

Texte de Raphaël Glucksmann

Chers amis,

En ce premier jour de 2026, nous avons moins besoin de vœux pieux ou convenus que d’engagements fermes et puissants, intimes et collectifs. Et d’abord l’engagement de ne pas renoncer. Jamais. Sous aucun prétexte. L’enjeu est trop immense et notre responsabilité trop grande.

Car ce que nous ferons ou ne ferons pas dans l’année qui s’ouvre définira le destin de la France et de l’Europe pour des décennies. Notre destin comme citoyens et comme nation. Comme civilisation même.

L’horizon est bien sombre, reconnaissons-le, et tout autour de nous ressemble au chaos que les Anciens Grecs plaçaient à l’origine du monde.

La guerre russe contre nos démocraties, l’offensive américaine contre notre souveraineté, la stratégie chinoise d’éradication de nos productions, la perspective d’une victoire de l’extrême-droite en 2027, la menace terroriste toujours présente, les reculs écologiques qui s’empilent et la colère sociale qui grandit, tout semble annoncer la plongée prochaine de notre pays et de notre continent dans une nuit sans lune ni étoile. Mais la lumière n’est pas éteinte et nous avons notre destin entre les mains.

Oui, rien n’est écrit et tout dépend de nous. C’est à la fois une merveilleuse nouvelle et un poids gigantesque sur nos épaules. Aurons-nous la force, l’énergie, la volonté de relever le défi existentiel qui est devant nous ?

Voilà au fond la seule question qui vaille, la question à laquelle nous devons et nous allons répondre en 2026.

Avons-nous encore envie de vivre réellement libres et authentiquement souverains ?

Je suis intimement convaincu que oui.

Convaincu qu’il y a plus en nous que nous ne le croyons et ne le donnons à voir depuis des années.

Convaincu que la France humaniste, démocrate, républicaine est loin d’avoir dit son dernier mot.

Convaincu que Trump et Poutine n’ont pas encore terrassé l’Europe et que le RN n’a pas encore conquis la France.

Convaincu que nos usines ne sont pas condamnées à fermer les unes après les autres et que nous pouvons redevenir producteurs de notre sécurité, de notre énergie et de nos biens stratégiques.

Convaincu que notre nation n’est condamnée ni au lent déclin actuel, ni à la chute brutale dans l’abîme qui nous est promise.

Convaincu que les démocraties libérales n’ont pas encore perdu face à leurs ennemis et qu’une véritable puissance européenne, autonome et libre, peut émerger de la tempête actuelle.

Convaincu que « là où croît le péril, croît aussi ce qui sauve » comme l’écrivait Hölderlin et que nous allons trouver en affrontant sans ciller les périls multiples qui nous font face de quoi nous sauver collectivement.

Convaincu qu’il existe pour la France un autre chemin pour notre nation que la soumission à l’air populiste du temps et à l’esprit brutal de l’époque.

Un chemin de liberté, d’égalité et de fraternité qui nous rendra fiers et heureux.

Un chemin qui rendra notre pays plus souverain en menant à bien la transition écologique, notre démocratie plus forte en réparant l’injustice faite à nos travailleurs, notre République plus vivante en renouant avec le projet émancipateur qui la fonde.

Un chemin qui nous permettra de renouer avec le « pacte vingt fois séculaire qui lie la grandeur de la France et la liberté du monde » célébré par le Général de Gaulle.

Un chemin fidèle à ce que nous avons été jadis et aspirons à être à l’avenir: la nation qui a proclamé que tous les hommes naissaient libres et égaux en droit, le pays de la Révolution et de la science, de l’humanisme de Montaigne ou Rabelais et de la République des hussards noirs, de la poésie et du théâtre, de la sécurité sociale et de la Résistance, de l’humour et de l’amour.

Ce chemin qui nous ramène à la puissance et nous conduit vers la justice est ardu, escarpé, rocailleux. Il exigera de nous tous, et d’abord de ceux qui ont et donc peuvent le plus, des efforts conséquents. I

Ce chemin existe, je n’en ai pas le moindre doute.

Et c’est en 2026 que nous allons décider de le tracer ou de le laisser s’effacer, de nous y lancer corps et âmes ou de nous en détourner pour longtemps.

Oui, 2026 sera l’année d’un immense choix. Entre le sursaut démocratique et la soumission autoritaire, il n’y aura pas de voie médiane cette fois. Nous le sentons, nous le savons.

Comme nous savons que nous ne sommes pas seuls dans la tempête. Notre destin, celui de l’Europe comme celui du monde sont intimement liés. La vieille séparation entre la politique étrangère et la politique intérieure, les affaires internationales et les enjeux nationaux est révolue. Il n’y a plus qu’une grande lutte pour ou contre la liberté, la solidarité et la souveraineté.

Cette grande lutte, nous la mènerons ensemble. Jusqu’au bout. Voilà le serment qui peut nous lier en ce premier janvier 2026.

Je nous souhaite ardemment de devenir enfin ce que nous aspirons à être : les porteurs d’une nouvelle espérance française, la force citoyenne capable de ranimer la flamme qui jamais ne doit s’éteindre.

Amoureux d’une nation qui s’est mariée très tôt à la liberté et n’entend pas divorcer d’avec elle-même, nous pouvons faire de 2026 l’année du rebond démocratique que personne n’avait vu venir et dont la France comme l’Europe ont tant besoin.

Je vous souhaite à toutes et tous une année heureuse et combative,

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